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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 18:40
Couverture énigmatique
Couverture énigmatique

Couverture énigmatique

Je découvre cette auteure qui m'a fait angoisser avec ses personnages englués dans des situations innommables. Au cours de ces 14 textes, on parcourt une sorte de dictionnaire des souffrances du corps intimement lié à l'âme et à une histoire tragique.

Maison Villebasse​ rend compte des tourments d'une jeune fille internée. Pourtant, elle ne paraît pas folle, juste sujette à d'atroces douleurs qui à son époque n'étaient pas répertoriées par les médecins. Donc, si l'on ne peut la soigner elle doit être enfermée avec les déments et subir les terribles traitements ​infligés à ces vrais malades... Médicaments inadaptés, lobotomie, chocs électriques puis bains glacés proches de la noyade. Le catalogue des tortures subies par Viviane s'avère complet ! La fin n'est pas rose non plus mais j'ai aimé avoir été bousculée de la sorte.

Sur le bateau ​nous rappelle que des gens sont prêts à tout pour fuir leur pays en guerre. Le sujet des migrants vu par un jeune garçon devient si réel, palpable qu'il donne la nausée. Pas d'échappatoire possible lorsque l'on dérive loin des côtes, que l'on est si jeune et que tous ces morts dansent autour des vivants.

Lycanthropie​ : l'histoire d'un couple qui vit à l'écart des autres. Cette fois, la femme fuit face à son homme déchaîné et cherche de l'aide. Est-ce de la violence conjugale ordinaire ?

Le propos abordé sous l'angle des transformations impromptues s'éclaire soudain et retient toute notre attention. Magistral !

Catharsis ​: quand vouloir se libérer de soi-même est pris au pied de la lettre. Glaçant et morbide.

La mort de Newton : pour moi l'histoire la plus terrifiante car les pires actes viennent d'un enfant qui pense être dans son bon droit. Bien sûr l'origine des vengeances justifie les horreurs préméditées par ce petit garçon délaissé et sali par des adultes. Suivre les étapes en étant dans sa tête donne tout de suite une ambiance plus crue. J'ai beaucoup aimé ce ton et ce qui se passe ^^

Corpus Dei : Pauvre Dieu qui ne décolère pas à cause de nous autres, les hommes inconscients et stupides aux inventions dangereuses. Un petit texte qui détend.

Voodoo Child : Quelque chose s'est cassé dans ce couple depuis l'opération mais Antoine ne s'offusque pas du comportement suicidaire de celle qu'il appelle sa poupée vaudou. Un amour contrarié par la vie merdique qui te tombe dessus sans crier gare ! Pour l'instant tout va à peu près bien. Une tranche de vie bien décrite, qui touche l'âme.

Vivre morte : Une rencontre puis une confrontation qui ne sera pas si innocente que ça. À ce jeu du chat et de la souris, il y aura de la casse...

Détendez-vous ​: idée assez casse gueule mais très bien amenée. Sur un ton ironique. Si les cours de yoga vous énervent, vous pouvez tester les pensées négatives ^^

Les maux et la chair ​: Les cauchemars s'invitent d'une manière un peu trop réelle pour Aurore qui n'ose plus dormir de peur de rencontrer le personnage sadique qui la hante. Mais de force puis de gré, elle se laissera dominer et changera de caractère, devenant elle-même. La douleur révélant son moi profond. Question de point de vue.

Le sang, le stupre et la proie ​: La prostituée cache bien son jeu. Histoire où les rôles s'inversent et j'aime bien.

Grossesse ​: Le désir d'enfant chez Rachel qui tient son journal scrupuleusement. C'est cela qui la tient vivante mais le sort s'acharne sur elle et l'exclut de ce bonheur simple que n'importe quelle femme peut éprouver. Pas elle ! Triste, désespérant mais très bien écrit car on suit cette future maman en y croyant nous aussi... Johanna Almos, tu m'as bien eue !

Hiver ​: Le souvenir douloureux d'une personne chère, Alice, se ramène à la mémoire de la narratrice. Le ton très en demi teinte tranche avec d'autres textes mais provoque une douce mélancolie surtout avec l'apparition, la femme blanche. Cet amour mal vu par le voisinage car il réunit deux femmes apparaît pourtant si profond.

​La preneuse de note ​: dernier texte qui clôt le recueil est très mystérieux. Cette femme qui apparaît aux moments critiques au cours de la vie du narrateur, prenant des notes et disparaissant vite interroge. Il n'y a pas vraiment de grosses surprises à la fin de la lecture, seulement une parabole sur le temps qui passe.

En conclusion, je recommande grandement ce livre de nouvelles toutes marquantes. Johanna Amos a fourni un vrai travail en profondeur qui exhume les plaies cachées de chacun. Nécessaire.

Voici un lien d'achat :

http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/johanna-almos/mémoires-de-corps/paperback/product-22823830.html

Johanna tient une librairie à Tonnerre :

http://www.plume-et-image.fr/index.php/librairie

Ce recueil ne serait pas là sans Otherlands :

http://welcometootherlands.wixsite.com/otherlands

que je remercie pour cette découverte.

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 21:58
Les Lithaniennes reprennent ces Anthos. Couvertures d'Anaïs Calviac, maquette de Corinne Gatel
Les Lithaniennes reprennent ces Anthos. Couvertures d'Anaïs Calviac, maquette de Corinne Gatel

Les Lithaniennes reprennent ces Anthos. Couvertures d'Anaïs Calviac, maquette de Corinne Gatel

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'une Antho Jeunesse publiée par feu La Cabane à Mots. C'est Le Festival des Lithaniennes qui reprennent le flambeau de cette géniale idée, à savoir les Antho-Noires devenues orphelines à cause de l'obligation pour l'association de stopper leur activité florissante... Bref, je ne développerai pas les raisons qui ont poussé l'équipe à rendre les armes mais leur volonté de donner une chance à des jeunes auteurs a été déterminante lors de cet appel à textes, il y a de cela quelques mois.

Le thème m'avait inspirée car il s'agissait de mettre en scène quelques monstres et devait s'adresser au jeune public de 8 ans. Mon texte "Drôle de monstre" en fait partie d'ailleurs..

Devant le grand nombre de nouvelles de qualité un second ouvrage a vu le jour : celui-ci qui contient 7 textes et qui devraient satisfaire les lecteurs aimant avoir peur mais pas trop quand même. De plus, une police de caractère adaptée aux dyslexiques règle le problème de clarté grâce à des espacements plus larges et des empâtements permettant de ne pas mélanger les lettres proches comme les d, b ou p, q...

Mon avis sur les différents textes :

1) Cherche équipier désespérément de Laetitia Pettini : Une bonne entrée en matière qui donne le ton. Oui les monstres existent et des chasseurs les poursuivent dont cette fillette Myrtille Dubois qui explique comment elle en est venue à traquer ces vilains vampires ou autres créatures inquiétantes. Quand on a un père fabriventeur ces expéditions deviennent de simples routines mais Myrtille a besoin des services d'un équipier, qu'on se le dise ^^ Une histoire pétillante qui se termine par un test, très bien trouvé. L'ensemble - forme et fond - m'a séduite.

2) Coup de lune de Patrick Godard : une histoire qui aurait pu mal tourner mais fort heureusement la conclusion nous tire une petite larme... Car les loups peuvent se transformer n'est-ce pas ? Surtout une nuit de pleine lune... Un classique revisité d'une manière intéressante.

3) La boîte à démons de Frédéric Gobillot : j'ai apprécié l'idée originale où une boîte cachée au fond d'un grenier devient une sorte de boîte de Pandore. Comment le garçon, Luc, qui a bravé l'interdit pourrait-il sauver sa famille ? Récit plein de rebondissements et jubilatoire.

4) La lumière d'Ortague de Marie Maillard : Racontée du côté des monstres, cette nouvelle prend appui sur les légendes même au pays de Loufènes où les vilaines créatures sont reines. Beaucoup d'humour en fin de compte dans ces pages. L'auteur nous montre que nous ne sommes guère différents d'eux... J'ai été déçue par la fin car j'aurais aimé que les adolescents ratent leur mission dans la grotte ;)

5) Le secret de la forêt de Marie H Marathée qui met en scène des élèves et leur maîtresse. Idée classique car les soupçons sur les possibles agissements occultes d'une institutrice par sa classe sont souvent la base de certains livres de littérature jeunesse. Là, il est vrai que cette Mlle Patapaf, est tout sauf terrifiante et la fin devient assez plaisante.

6) Le sortilège du Patapaf d'Hélène Duc : une histoire bien construite qui promet des sueurs froides. Un début de vacances entre une grand-mère et ses petites filles tourne au cauchemar à cause d'un démon décidant de se réveiller pile le premier soir ! Hélène réussit avec brio à créer une ambiance "Chair de poule" à laquelle on ne résiste pas. Bravo !

7) Méfiez-vous des chats d'Audrey Calviac : J'ai trouvé beaucoup de charme à ce récit. Même si l'auteur nous met en garde contre ce chat, je ne le considère pas comme un ennemi, au contraire, puisqu'il se livre à un juste combat... contre une méchante sorcière qui elle me terrifie beaucoup plus ! J'ai été embarquée dans cet univers particulier très bien écrit (passages d'une poésie agréable avec des images autour de la lune que j'ai appréciées).

Un dernier texte nous est donné en bonus. Il a été travaillé avec Sidonie Gatel et les enfants de l'école de Varzy à l'occasion d'ateliers d'écriture. Je suis bluffée par les trouvailles du scénario. Une découverte et une surprise que cette histoire dans un pays à ne pas mettre un orteil. Mais les enfants ne reculent devant rien surtout poussés par une porte vivante ! Je me suis régalée et je félicite les élèves qui ont eu ces idées formidables : Zoé, Camille J., Corrie, Laura, Scheren, Camille R., Cassandre et leur animatrice Sidonie car je sais d'expérience qu'il n'est pas facile de mener ce genre d'atelier à l'école !

Cette Antho-Noire est une réussite et d'une richesse que je recommande. Vous pouvez vous la procurer sur la page des Lithaniennes : https://www.facebook.com/LesLithaniennes/?fref=ts ou bien sur le blog de Frédéric Gobillot : http//lecycledeleveil.e-monsite.com/boutique (http://lecycledeleveil.e-monsite.com/pages/antho-noire-pour-nuit-de-pleine-lune/antho-noire-pour-nuit-de-pleine-lune.html et auprès des auteurs comme Audy Calviac/ Stark (https://www.facebook.com/audrey.calviac?fref=ts )

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 13:36
Couvertures de Wakehurst, le journal de Kahmsa An-Nasir
Couvertures de Wakehurst, le journal de Kahmsa An-Nasir

Couvertures de Wakehurst, le journal de Kahmsa An-Nasir

Je vous promets que vous aurez du mal à lâcher le livre dès que vous l'aurez commencé. Cet auteur Barnett Chevin excelle à installer des ambiances sombres dans ses textes. Ici, il se surpasse si c'est possible...

Rendez-vous en Enfer, sur les terres presque désertes de Cornouailles où dorment de terribles créatures antédiluviennes qu'aucun sortilège ou exorcisme ne parvient à empêcher de nuire d'une manière définitive. Cela à cause de personnes obnubilées par leur propre réussite ou voulant répondre à des ordres et demandes de maîtres n'écoutant que leur envie impérieuse de se mesurer au Diable en personne...

Chaque époque voit resurgir ce "Mal" qui s'approprie son lot de vie humaine, corps et âme indissociés. Il ne fait pas bon s'aventurer sur ce domaine maudit comme l'auteur ne cesse de nous le démontrer au travers de 13 parties encadrées par un prologue et un épilogue.

- L'ampleur du "Mal" qui sévit à Wakehurst prend racine avec Bellovèse, (Glann Dicinn, 275 av JC) celte qui vendit son âme à une entité méphitique par l'intermédiaire d'un druide, Aithirne Ailgesach qui dirigea la cérémonie."Sabathan", force du mal puissante sera libérée pour venger la tribu des Cornivi, représentée par le fils Bellovèse, soi-disant en danger à cause des Durotriges, pourtant alliés de toujours ...

- "Servitude" 1016 : Un lord Henri Warren écrit à Sir Davis. Cette lettre témoigne du calvaire enduré par cet aristocrate qui a acheté le terrible manoir. Ce dernier donne des preuves de son impuissance à lutter contre le "Mal" mais aussi à s'enfuir... à cause de sa femme et sa fille...

- "Le naturaliste" 1285 : Abdallah an-Nasir, serviteur d'un naturaliste, Sir Edmond Carwin témoigne de leur folle recherche de spécimens inconnus jusque là. Ils iront parcourir les Terres Maudites par défi contre un autre naturaliste, Fawkes...

- "Pour châtier les moutards" 1442 : petit intermède assez terrifiant qui met en scène une fillette Tatia maltraitée par sa marâtre (Zora ?). Cette dernière la déteste au point d'invoquer Sabathan pour qu'il s'en repaisse....

- "Le Conte" 1574 se construit autour d'une collecte de légendes non répertoriées. Salvadore, au service de Charles De Serrault en perdra la mémoire lorsqu'il rencontrera les puissances infernales à l'œuvre au domaine de Wakehurst à cause de Zora la sorcière qui le mène au cœur de la tourmente depuis Bodmin Moor, village voisin mais exsangue, aux gens bizarres.

- "Le sabbat de Wakehurst" 1666 où l'on apprend que le "Mal" qui sévit sur ces terres effraie Satan lui-même.

- "L'affaire du siècle" 1726 nous conte l'histoire de Rose Winterman, nouvelle propriétaire du manoir au destin lui aussi tragique !

- "La malédiction des Weller" 1850 : confession du dernier serviteur des Weller où les apparences sont trompeuses. Lawrence et sa femme Mildred vivent dans le manoir, pour l'instant à l'abri des monstres mais pas pour longtemps car malheureusement un drame survient qui emporte la belle Mildred.

- "À propos de la folie" : le patient 64, un ancien exorciste est revenu des terres maudites avec une démence qui intéresse un professeur psychiatre. Celui-ci veut percer le mystère des folies provoquées par le domaine de Wakehurst. Son comportement irresponsable déchaînera les puissances.

- "En territoire ennemi" 1944 : Un aviateur nazi, Hans Studel que l'horreur n'effraie pas (il a commis des crimes sordides sans état d'âme) aura pour mission de s'emparer d'une arme cachée sur les Terres de Wakehurst et de la rapporter à ses chefs. L'artefact magique d'An-Nasir, capable de détruire mieux que des canons, se révèle introuvable. Que devient Studel ?

- "Cornwall Daily Record" 1953 écrit comme un article de journal permet de découvrir peut-être l'origine de la malédiction.

- "Ceux des tableaux" 1970 : un jeune homme doit se rendre à contre-cœur en compagnie de sa jeune épouse chez sa belle-mère détestée. Ses intuitions se révèlent exactes.

- "Les muses" 2015 : Ken Stepnigh, auteur à succès de littérature d'épouvante a perdu l'inspiration et compte la retrouver dans ce manoir perdu, Wakehurst, vendu pour une modeste somme.

L'épilogue promet des cauchemars pour les jours à venir car l'histoire de Wakehurst continue !

Découvrez les textes hallucinés (369 pages) de Barnett Chevin que vous pouvez vous procurer ici pour 9,90 € : http://www.lulu.com/fr/fr/shop/barnett-chevin/wakehurst-le-journal-de-kahmsa-an-nasir/paperback/product-22673582.html.

D'autres nouvelles de cet auteur prolifique sont également disponibles chez Lulu.com dans d'autres recueils (au moins 7 anthologies).

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 00:30
Un Continum spécial Loup

Un Continum spécial Loup

J'avais participé à cet appel à textes mais mon texte n'a pas été retenu. Donc je voulais lire les auteurs qui ont eu la chance d'être sélectionnés. Sur les 6 textes, 3 m'ont vraiment plu alors que les autres ne m'ont pas accroché plus que ça.

Tant que le loup n’y est pas

Six auteurs francophones vous emmènent sur des chemins tortueux à la rencontre de loups de toutes sortes : qu’ils soient communs ou maudits, ces Canis Lupus vous emporteront dans des aventures qui vous feront rêver ou frissonner…

Détails : ​

Elle de Béatrice Ruffié-Lacas nous montre qu’il est très difficile d’accepter, pour une jeune adolescente, l’absence de sa mère. La raison à cela est fort bien amenée : une vraie surprise vous attend en fin de lecture. J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle ^^

Les enquêtes de Messire Fulbert Lupus Dei de Loïc Lendemaine. Histoire racontée en français ancien qui m’a un peu déstabilisée. Une fois l’habitude installée, les aventures de Fulbert paraissent suffisamment bizarres pour qu’on s’y intéresse. J’avoue avoir deviné souvent la manière dont les choses allaient se dérouler… Je salue toutefois le bel exercice de style servi par une documentation sur les mœurs au Moyen-Âge.

Loup, où es-tu ? d’Hélène Duc. Des personnages d’aujourd’hui, malfaiteurs de leur état ont mis au point un plan pour cambrioler un musée. La pierre de lune leur promet une fortune colossale. Ils rêvent, sauf l’un d’eux qui ne se réjouit pas d’avance, pressentant un problème. En effet il aura raison ! Très bonne nouvelle, originale, aux multiples rebondissements.

Un vrai plaisir de lecture ^^

Givre et sève de Marie Loresco. J’ai vraiment eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire ! L’auteur joue sur des mondes parallèles mais je ne voyais pas bien où se situaient les personnages ni où elle voulait en venir ! Trop confus ou poétique pour moi !

Dépression de Barnett Chevin. Très surprenant, surtout l’issue ! L’air de rien, Barnett nous entraîne dans les méandres sombres des âmes humaines. J’adore !

(Et le clin d’œil à Georges ^^).

La chanson de Madiel de Sylvain Lamur m’a laissée de marbre. L’idée est intéressante mais la forme ne m’a pas semblé pertinente. Tout le long de cette balade, les mêmes renseignements nous sont fournis, ce qui fait que l’on tourne en rond avec le personnage. Est-ce voulu ? Je n’ai pas été convaincue en tous cas.

Si vous voulez l'acheter : http://www.lulu.com/shop/barnett-chevin-and-helene-duc-and-loic-lendemaine-and-beatrice-ruffi%C3%A9-lacas/tant-que-le-loup-ny-est-pas/paperback/product-22673486.html (6,10 €)

La quatrième de couverture

La quatrième de couverture

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 19:05
Couverture du Dieu sans nom de Serge Rollet 17 € pour 10 nouvelles ! Collection Anticipation / Fiction

Couverture du Dieu sans nom de Serge Rollet 17 € pour 10 nouvelles ! Collection Anticipation / Fiction

Voyage au pays de Lovecraft en compagnie de créatures terrifiantes dont la particularité est de haïr les humains et de vouloir leur destruction.

Les histoires inventées par Serge Rollet renouvellent le genre habilement. Sa plume précise, sans fioritures surpasse nombres d'essais cherchant à imiter ce maître de l'horreur, éveilleur de sensations de terreur venues d'ailleurs.

Dans ce recueil, l'auteur nous offre dix nouvelles à savourer :

1) Le Dieu sans nom

Yann Martens, un professeur / archéologue, découvre après avoir participé au déplacement d'un temple Maya au cœur de la région du Yucatán, en pleine jungle que l'origine des récentes catastrophes serait liée à ce vaste chantier "Le Projet Chac". La place libre désormais sera recouverte par un barrage hydroélectrique. On ne trouble pas une terre sacrée sans conséquence ! Quelque chose s'est réveillée qu'il faudra contrer avec l'aide d'une association secrète et d'un vieux prêtre, Pedro Diaz. La fin très surprenante et pourtant cohérente donne une dimension grandiose à ces 91 pages de pur bonheur ! Le plus long texte du recueil annonce la couleur souvent noire de l'imaginaire fertile de cet auteur rare.

2) L'ennemi ancien (30 pages)

Encore une histoire de jungle, cette fois au Vietnam qu'un groupe d'américains, accompagné d'un enfant du pays, Truong, va tenter de traverser afin de retrouver un groupe de disparus composé de soldats américains qui n'ont plus donné de nouvelles. On comprend vite pourquoi mais tout l'art est dans la tension qui va crescendo à travers l'attitude du pauvre vietnamien, obligé de servir de guide malgré la certitude qu'il a d'aller au devant d'une mort effroyable. Les découvertes macabres lui donneront raison mais les soldats américains campent sur leur position. Un seul en réchappera, un métis, Johnny Eagle qui réussit à trouver la faille du "Grand Dévorant". J'ai été happée par ce texte, très réussi.

3) L'Ombre des Docks (31 pages)

Comment une île qui apparaît devant des marins, va plonger un équipage et un homme, le Capitaine Horace Mac Lane, dans un cauchemar inédit peuplé de crimes odieux.

La découverte d'un trésor au fond d'une grotte et d'un coffre qui se révèle être plutôt un sarcophage résistant aux nombreux essais d'ouverture aboutira à faire coïncider un des mythe de Lovecraft avec un célèbre tueur en série londonien. Grâce à l'aide du frère d'Horace, un érudit passionné de sciences occultes et un rituel ancien, le monde des humains sera délivré d'un monstre d'une cruauté totale. L'architecture de ce texte permet des situations passionnantes.

4) Baphomet (13 pages)

Voler des œuvres d'art dans des chapelles de campagne, des caveaux ou églises désaffectés est peut-être une bonne idée pour s'enrichir à moindre frais.

C'est l'idée de Michel Bron et de son associé qui ont crée leur association et un réseau de collectionneurs peu scrupuleux. L'affaire tournera au vinaigre quand une sculpture d'origine inconnue, créée dans une matière de basalte noir provoquera des cauchemars et la mort de l'un d'eux. Même le narrateur, en prison ne souhaite pas être remis en liberté à cause de la menace que cette statue engendre. Idée originale en tous cas.

5) Le portrait (8 pages)

Un homme, Christian emménage; quoi de plus banal. C'est sans compter sur l'attrait d'un simple tableau. Celui-ci entraînera le malheureux dans une folie destructrice et à sa suite tous les locataires qui succèderont ensuite dans ce logement hanté par une créature maléfique qui pourtant semblait amicale au début. On aborde par ce texte tout le charme des suggestions, par petites touches. J'ai bien apprécié ce ton détaché et si efficace.

6) L'étranger (4 pages)

Texte court mais percutant non pas dans les mots et expressions mais dans la conclusion terrible ! Impeccable !

7) Conte de poivrot (8 pages)

Un des seuls textes SF et à tendance humoristique très bien mené ! À découvrir.

8) Le grand tirage (4 pages)

Texte surprenant et d'une grande qualité que je ne veux pas résumer car il perdrait de sa charge !

9) Les successeurs (7 pages)

Encore un texte à coloration SF, très ironique et complètement barré, dans le bon sens du terme !

10) Les quatre saisons de l'Apocalypse (20 pages)

Quand on est le seul survivant sur Terre, il faut s'organiser. C'est ce que fait le dernier homme d'une matière désenchantée qui contraste avec les récits post-apo habituel.

Texte emprunt d'une poésie qui surprend, s'attardant sur les descriptions de la nature lors du passage des quatre saisons. Celle-ci reprend ses droits et c'est si déconcertant pour l'espèce humaine. Très intéressant témoignage d'un mortel qui ne pourra pas survivre longtemps puisque l'ironie du sort le laisse sans possibilité d'être soigné.

En un mot : achetez ce recueil : il vous réserve des heures de lecture fructueuse. Et en plus la préface d'Artikel Unbekannt donne un éclairage érudit sur l'auteur et ses sources. À la fin une interview en 10 questions précise un peu le projet de l'auteur, Serge Rollet.

Quatrième de couverture

Quatrième de couverture

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 19:34
! Jeune autrice voulant écrire encore plus pour notre plaisir !

! Jeune autrice voulant écrire encore plus pour notre plaisir !

Voici le début de sa présentation sur Tipeee ​(On ne peut que la suivre les yeux fermés)

Sous ce masque oiseux se cache une autrice (oui, oui, autrice, votre correcteur d'orthographe confirmera) qui se fait appeler Nelly Chadour. Quadragénaire en crise d'adolescence perpétuelle, j'écris des romans et des nouvelles fantastiques par obligation sanitaire : si aucun mot n'est couché sur le papier, les images vives de mes récits en devenir dégueulent de partout à travers ma bouche et il faut tout nettoyer. C'est ce qu'on appelle une imagination débordante.

J'invente des histoires horribles ou palpitantes depuis que je sais tenir un crayon. D'abord sous forme de dessins, car n'étant pas un génie précoce, il fallait trouver un substitut à l'écriture, et l'alphabet sumérien était déjà pris, puis j'ai noirci mes cahiers d'écolière, mes journaux intimes, des morceaux de PQ, bref, tout ce qui pouvait supporter l'inondation d'encre et d'images qui se déverse en permanence.

Depuis 2011, des éditeurs intéressés par mon dégueulis scriptural m'ont donné l'opportunité de pondre une douzaine de nouvelles et quatre romans. Ces derniers ont pour titre les Aventures de Diane d'Aventin 1 & 2, Sibilla et Sous la Peau. Je participe également à la Fabrique de Littérature Microscopique, aimable récréation et usine à micronouvelles chtarbées. Les projets continuent, le flot est intarissable, surtout grâce à l'accueil positif des lecteurs. Rien que pour cela, je leur suis redevable ! Quelques personnes auront sans doute déjà lu les deux premiers volumes des aventures de Diane. Le troisième est sur la table d'opération, à se faire écrire et encrer. Cette gestation, nous allons la suivre ensemble.

SOUTENIR NELLY CHADOUR ou PLUMITIVE PUNITIVE
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 16:38

https://www.tipeee.com/la-plumitive-primitive

Déjà 2 mois sans écrire ici ! Pourtant mon dernier texte compte quelques 10800 mots (19 pages word) ! Pour un concours sur le thème de l'Air des éditions RroozZ. Je dois bientôt le leur envoyer (avant le 15 février 2016).

J'ai aussi participé au concours de la Cabane Jeunesse. Thème : "Nuit de pleine lune" où des monstres rôdent... le 20 février, je saurai si j'ai passé le premier tour.

En ce moment, je travaille sur le thème du Prisonnier (série culte que j'adore) pour la revue Gandahar (à rendre avant le 28 février)

Bref, malgré que je suis en retraite depuis le 1 er septembre 2015, je n'ai pas eu le temps de poster des articles sur ce blog, c'est terrible !

Aujourd'hui, j'avais envie de vous faire découvrir le beau projet de Nelly Chadour, dite Plumitive Punitive.

Plus de renseignements, ici : https://www.facebook.com/nellyscreamy/?ref=ts&fref=ts). Ses textes valent le coup, franchement ^^

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 22:05
Recueil de 12 nouvelles fantastiques noirs

Recueil de 12 nouvelles fantastiques noirs

Aux douze coups de minuit

Ce recueil de 12 textes donne vraiment la chair de poule !

Le premier « La cave » de 5 pages restera dans les mémoires. On assiste en direct à la dépravation d’un homme que l’on ne plaindra pas lorsque l’on  aura appris (avec une répulsion grandissante) ce qu’il semble avoir fait à sa famille. Il faut le lire pour le croire et Emmanuel ne ménage pas sa plume qu’il trempe dans le vitriol à chaque instant...  Il n’y a jamais de moments creux. La tension court tout du long de ses nouvelles.

« La chance des uns », un texte de 5 pages aussi, réserve une surprise de taille à la fin, alors que tout le début donne à penser que le personnage, enfermé on ne sait où, a abandonné l’idée de liberté préférant même sa condition à un hypothétique avenir meilleur. Très bonne construction savante qui m’a arraché quelques larmes : pauvre de lui ! Cet auteur est d’un sadisme !

« Les reflets brisés » est un pur délire promettant que les rumeurs ne sont pas à prendre à la légère. Les deux jeunes amies paieront cher leur pari de braver les interdictions d’entrer à l’intérieur de la verrue, sale bicoque ensorcelée... On s’attend bien sûr au pire et c’est peu de le dire ! Un vrai piège infernal !  

« Le portrait » variante du tableau diabolique qui entraîne son auteur aux confins de la folie. Très éprouvante descente dans les enfers de l’amour aussi...

« Baby sisters » qui utilise le thème de la baby-sitter jusqu’à des développements inattendus, flirtant avec le fantastique dérangeant. La pellicule ensorcelée serait un bon titre aussi...Naylis n’avait qu’à bien se tenir aussi, quelle débauchée cette fille !

« De vieux souvenirs » nous conte les mésaventures d’un père, malade et de son fils peu bavard, plutôt asocial... Finalement la propriété que le père achète, insalubre, austère devait leur faire prendre un nouveau départ... C’était sans compter sur M. Delporte qui préféra les confronter à l’esprit maléfique de l’ancien propriétaire des lieux, photographe disparu sans laisser de traces... Enfin, presque ! Vous saurez pourquoi en lisant ces pages ! 

« Diplopie » montre Franck Rice visiblement très perturbé, au point de jouer deux personnages à lui tout seul. Belle démonstration d’une montée en puissance d’un dédoublement de personnalité ! Tout cela est-il bien réel ? L’auteur nous embrouille et s’en délecte...

« Impasse » ou l’art de tourner en rond et même de ne plus savoir si l’on est vivant ou mort. Terrible histoire en fait.

« Amnésie » d’une facture différente, moins cruelle pour la race humaine si détestable, plus ésotérique, je dirai.

Aléna passe par des changements inconfortables, voire monstrueux pour revenir à son état normal. Que de péripéties ! Ezequiel Derleth que l’on suit dans son boulot de surveiller les réincarnations d’une Lamia, sorte de personnification du mal, devra faire preuve de courage face à cette créature sortie des enfers et prête à répandre son venin partout. Le pire c’est qu’elle n’est pas seule à hanter les souterrains d’un petit village breton (ou ailleurs) et que ce genre de monstre s’empare des êtres qui touchent un de leurs artéfacts, une simple boule brillante par exemple ramassée par terre ! Notre chasseur peut continuer à les traquer pour notre plus grand plaisir... Je réclame la suite de ses aventures !

« NRBC » : climat post-apocalyptique comme j’aime. Le danger d’utiliser une tablette numérique... Pour aider sa fille à s’exprimer après le traumatisme du décès de sa mère, le père lui offre cette tablette mais c’est interdit ! On suit au travers du journal de Lynette les problèmes des rescapés... jusqu’à l’inévitable !

« Les larmes amères » ou l’obsession de faire du fric à n’importe quel prix est à son paroxysme. Cynisme du patron et d’une chef d’équipe bien décidée à accroître les rendements de leur entreprise : ces « larmes » récoltées d’une manière effroyable en faisant vivre des cauchemars ininterrompus aux enfants enlevés par leur soin permettent au plus riches d’échapper à un nouveau virus, créateur de déglingueurs... La vie des autres n’est rien : triste conclusion.

« Un jeu dangereux » : l’arroseur arrosé. Texte efficace avec une montée en puissance lors du fameux jeu. Là, je ne m’attendais pas du tout à ce retournement. Bravo !

J’encourage tout le monde à acheter et lire ces 12 petites histoires macabres qui toutes se terminent mal ou presque (ça dépend pour qui)!

 

 

 

 

LES DOUZE COUPS DE MINUIT d'Emmanuel Delporte chez Otherlands
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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 20:11

Depuis le temps que je dois vous mettre cette nouvelle !

 

LE VOYAGE

 

    Cela pourrait se passer dans la Rioja, une province qui s'appelle la Rioja, en tous cas cela se passe l'après-midi, presque à la tombée de la nuit, même si cela a commencé plus tôt, dans la cour d'une propriété à la campagne, au moment où l'homme a dit que le voyage était compliqué mais qu'après il pourrait se reposer, d'autant qu'il partait pour ça, on lui avait conseillé d'aller passer quinze jours tranquille à Mercedes. Sa femme l'accompagne en voiture jusqu'au village où il faut prendre les billets, on lui dit qu'il valait mieux prendre les billets à la gare du village et s'assurer au passage que les horaires n'avaient pas changé. Au fond de leur campagne, avec cette vie qu'ils mènent, on a l'impression que beaucoup de choses peuvent changer au village sans qu'on s'en apercoive, y compris les horaires, et c'est souvent le cas. Il vaut  donc mieux prendre la voiture et faire un crochet par le village bien que ça risque d'être juste, après, pour attraper le train à Chaves.

    Il est plus de cinq heures quand ils arrivent à la gare et ils laissent la voiture sur la place poussièreuse entre les carrioles et les charrettes chargées de ballots et de bidons. Ils n'ont pas beaucoup parlé pendant le parcours, l'homme s'est simplement inquiété d'une chemise et la femme a répondu qu'elle avait préparé sa valise et qu'il n'avait plus qu'à mettre ses livres et ses papiers dans la sacoche.

- Juarez connaissait les heures des trains, dit l'homme. Il m'a expliqué comment on va à Mercedes et il m'a dit que je ferais mieux de prendre les billets au village et de vérifier qu'il y a toujours la même correspondance de trains.

- Oui, tu me l'as déjà dit, répond la femme.

- De chez nous à Chaves, il y a bien soixante kilomètres en voiture. Il paraît que le train pour Peulco part à neuf heures et quelque.

- Tu laisseras l'auto au chef de gare, dit la femme d'un ton mi-interrogatif.

- Oui. Le train de Chaves arrive après minuit à Peulco, mais il paraît qu'on trouve toujours des chambres avec bain à l'hôtel. L'ennui, c'est que je n'aurai pas beaucoup de temps pour dormir, l'autre train part à cinq heures du matin ou à peu près, il va falloir le demander, et il y a encore un bon bout de chemin jusqu'à Mercedes.

- Oui, c'est loin.

    Il n'y a pas grand monde à la gare, des gens de l'endroit qui achètent des cigarettes au kiosque ou attendent sur le quai.

La salle des billets est au bout du quai, presque au bord des voies de garage. C'est une salle avec un comptoir crasseux, des murs couverts d'affiches et de cartes et, vers le fond, deux bureaux et le coffre-fort. Un homme en chemisette est assis derrière le comptoir, une jeune fille manipule un appareil télégraphique sur l'un des bureaux. Il fait presque nuit mais on n'a pas allumé la lumière, on profite jusqu'au bout de la clarté marron qui passe lentement par la fenêtre du fond.

- Il va falloir repartir vite à la maison, dit l'homme. J'ai encore à charger les bagages et je me demande si j'ai assez d'essence.

- Prends les billets et on repart tout de suite, dit la femme qui est restée un peu en arrière.

- Oui, mais attends que je réfléchisse, dit l'homme. Alors je vais d'abord à Peulco ? Non, je veux dire qu'il me faut prendre un billet à partir de l'endroit que m'a dit Juarez, je ne ma rappelle plus très bien.

- Tu ne te souviens pas, dit la femme avec cette façon qu'elle a de poser des questions comme si ça n'en était pas.

- C'est toujours pareil avec les noms, dit l'homme avec un sourire ennuyé. Ils m'échappent au moment de les dire. Et après, un autre billet de Peulco à Mercedes.

- Mais pourquoi deux billets ? dit la femme.

- Juarez m'a expliqué que ce sont deux compagnies différentes et que c'est pour ça qu'il faut deux billets mais on te les vend quand même ensemble dans n'importe quelle gare et finalement, ça revient au même. Encore un coup des Anglais.

- Il y a beau temps que ce ne sont plus les Anglais, dit la femme.

    Un jeune homme brun est entré dans la salle et vérifie quelque chose au mur. La femme s'approche du comptoir et s'y appuie d'un coude ; elle est blonde, elle a un visage fatigué et beau, comme perdu dans un étui de cheveux dorés qui éclairent vaguement son contour.

L'employé la regarde un moment mais elle ne dit rien, comme si elle attendait que son mari s'approche pour acheter les billets. Personne ne dit bonjour à personne dans la salle, il faitsi sombre que cela ne semble pas nécessaire.

- Là, sur cette carte, on pourra retrouver le nom, dit l'homme en allant vers le mur de gauche. Nous, nous sommes ...

Sa femme se rapproche et regarde le doigt qui hésite sur la carte et cherche un point où se poser.

- Ca, c'est toute la province et nous, nous devons être par là, dit l'homme. Attends, c'est ici. Non, ce doit être plus au sud. il me faut aller par là, c'est dans cette direction, tu vois. En ce moment, nous sommes ici, du moins, il me semble.

    Il recule d'un pas pour embrasser du regard toute la carte ; il la regarde longuement.

- C'est toute la province, dit la femme. Et toi, tu dis que nous sommes là.

- Ici, oui, bien sûr. Ce doit être ça le chemin. Soixante kilomètres jusqu'à cette gare, c'est ce que m'a dit Juarez. Le train doit partir de là, je ne vois pas d'autre possibilité.

- Bon, alors prends les billets, dit la femme.

    L'homme regarde la carte encore un instant et s'approche de l'employé. Sa femme le suit, revient s'appuyer au comptoir comme si elle se préparait à attendre longtemps.Le garçon s'arrête de parler à l'employé et va  consulter l'horaire sur le mur. Une lampe bleue s'allume sur le bureau de la télégraphiste. L'homme a sorti son portefeuille et y prend plusieurs billets.

- Il me faut aller à ...

   Il se tourne vers sa femme qui regarde un dessin sur le comptoir, une espèce d'avant-bras rouge mal dessiné.

- Comment était-ce le nom de la ville où je dois aller ? Ca m'échappe. La première ville, celle où je vais en voiture.

   La femme lève les yeux en direction de la carte. L'homme a un geste d'impatience parce que la carte est loin et que ça ne servira à rien. L'employé s'est accoudé au comptoir lui aussi et attend sans rien dire. Il a de lunettes vertes et une touffe de poils roux jaillit de sa chemise entrouverte.

- Il me semble que tu avais dit Allende, dit la femme.

- Mais non, pas Allende, pas du tout.

- Je n'étais pas là quand Juarez t'a expliqué.

- Oui, mais je t'ai redit les noms en voiture.

- Il n'y a aucune gare du nom d' Allende, dit l'employé.

- Je m'en serai douté, dit l'homme. Non, là où je vais, c'est ...

   La femme regarde de nouveau la forme de l'avant-bras rouge qui n'est pas un avant-bras, maintenant elle en est sûre.

- Ecoutez, je voudrais un billet de première pour ... je sais qu'il me faut y aller en voiture, c'est au nord de chez nous. Alors, tu ne te souviens pas ?

- Prenez votre temps, dit l'employé. Réfléchissez tranquillement.

- Je n'ai pas tellement de temps, justement, dit l'homme. Il me faut aller en voiture jusqu'à ... Et c'est de là que je veux un billet pour cette gare d'où j'ai une correspondance pour Allende, mais vous dites que ce n'est pas Allende. Pourquoi ne te rappelles-tu pas, toi ?

   Il se rapproche de sa femme, lui pose la question d'un air de surprise presque scandalisée. Il est sur le point de revenir à la carte mais il y renonce et attend, un peu penché vers sa femme qui passe un doigt sur le dessin rouge.

- Vous avez le temps, dit l'employé.

- Alors ... dit l'homme. Alors, tu ne te souviens pas ?

- C'était quelque chose comme Moragua, dit la femme, et on dirait qu'elle pose une question.

   L'homme a un regard vers la carte mais il voit l'employé secouer la tête.

- Non, dit l'homme, ce n'est pas ça. Ce n'est pas possible que nous ne nous rappelions pas alors que juste en venant...

- C'est toujours comme ça, dit l'employé. Le mieux, c'est de se distraire en parlant d'autre chose et alors plaf, le nom vous tombe devant comme un oiseau. C'est ce que je disais encore ce matin à un monsieur qui allait à Ramello.

- Ramello, dit l'homme. Non, ce n'est pas ça non plus. Mais peut-être que si je voyais la liste des gares ...

- Elles sont toutes là, dit l'employé en montrant l'horaire affiché au mur. Mais il y en a plus de trois cents. Parce que même les gares de marchandises et les simples haltes ont un nom elles aussi, bien sûr.

   L'homme s'approche de l'horaire et pose son doigt au début de la première colonne. L'employé attend, enlève une cigarette de son oreille eten lèche le bout avant de l'allumer ; il regarde le femme toujours appuyée au comptoir. Dans la pénombre, il a l'impression qu'elle sourit mais on y voit mal.

- Donne un peu de lumière, Juana, dit l'employé, et la télégraphiste étire le bras jusqu'à un bouton au mur ; une lampe s'allume au plafond jaunâtre.

L'homme est arrivé au milieu de la deuxième colonne et s'arrête, il remonte, redescend, s'écarte. Maintenant, oui, la femme sourit franchement, l'employé l'a vu à la lumière de la lampe, il en est sûr, lui aussi sourit sans trop savoir pourquoi jusqu'à ce que l'homme se retourne brusquement et revienne au comptoir. Le jeune homme brun s'est assis sur un banc à côté de la porte et c'est une personne de plus dans la salle, une autre paire d'yeux qui se promène d'un visage à l'autre.

- Je vais me mettre en retard, dit l'homme. Si au moins tu te souvenais, moi, tu sais bien que je ne retiens aucun nom.

- Juarez t'avait tout expliqué, dit la femme.

- Laisse Juarez tranquille, c'est à toi que je le demande.

- Il fallait prendre deux trains, dit la femme. D'abord, tu allais en voiture jusqu'à une gare et je me rappelle que tu as dit que tu laisserais la voiture au chef de gare.

- Qu'est-ce que ça a à voir ? dit l'homme.

- Toutes les gares ont un chef de gare, dit l'employé.

   L'homme le regarde mais il n'a peut-être pas entendu. Il attend que sa femme se souvienne, il semble soudain que tout dépende d'elle, de sa mémoire. Il ne lui reste plus beaucoup de temps, il va falloir rentrer à la maison, charger les valises et repartir vers le nord. Sa fatigue, brusquement, est comme ce nom dont il ne se souvient plus, un vide qui lui pèse de plus en plus. Il n'a pas vu sourire sa femme, il n'y a que l'employé qui l'ait vu. Il attend encore qu'elle se souvienne, il l'aide de toute son immobilité, il appuie ses mains sur le comptoir, tout près du doigt de la femme qui continue de jouer avec le dessin de l'avant-bras rouge à présent qu'elle sait que ce n'est pas un avant-bras.

- Vous avez raison, dit-il en regardant l'employé. Quand on y pense trop les choses vous échappent. Mais toi, peut-être...

   La femme arrondit les lèvres comme si elle voulait boire quelque chose.

- Peut-être que je vais me rappeler, dit -elle. Dans la voiture, nous avons dit que tu allais d'abord à ... Ce n'était pas Allende, n'est-ce pas ? Alors, c'était quelque chose comme Allende. Regarde de nouveau à A ou à H. Si tu veux, je regarde, moi.

- Non, ce n'était pas ça. Juarez m'a expliqué la meilleure combinison. Il y a bien une autre façon, mais ça fait trois changements.

- Ca fait trop, dit l'employé. Déjà, deux c'est pas mal, avec toute la poussière qui entre dans les wagons, sans parler de la chaleur.

   L'homme fait un geste d'impatience et tourne le dos à l'employé, il s'interpose entre lui et la femme. Il voit du coin de l'oeil le jeune homme qui le regarde de son banc et il se tourne un peu plus encore pour ne voir ni l'employé ni le garçon, pour rester complètement seul en face de la femme qui a enlevé son doigt du dessin et regarde son ongle verni.

- Moi, je ne me rappelle pas, dit l'homme à voix très basse. Je ne me souviens de rien, tu le sais bien. Mais toi, réfléchis un peu, je suis sûr que tu vas finir par te rappeler.

   La femme fronce à nouveau les lèvres, elle bat des cils, trois fois. La main de l'homme encercle son poignet et serre. Elle le regarde sans battre des cils à présent.

- Las Lomas, dit-elle. C'était peut-être Las Lomas.

- Non, dit l'homme. Ce n'est pas possible que tu ne te rappelles pas !

- Ramallo alors. Non, je l'ai déjà dit. Si ce n'est pas Allende, c'est sûrement Las lomas. Si tu veux, je vais chercher sur la carte.

   La main lâche le poignet et la femme frotte la marque sur la peau et souffle doucement dessus. L'homme a baissé les yeux et erspire bruyamment.

- Il n'y a pas non plus de gare qui s'appelle Las Lomas, dit l'employé.

   La femme le regarde par-dessus la tête de l'homme qui s'est penché sur le comptoir. Sans se presser, comme à tâtons, l'employé lui sourit à peine.

- Peulco, dit brusquement l'homme. Je me souviens à présent. C'était Peulco, n'est-ce pas ?

- Peut-être ,dit la femme. C'est peut-être Peulco, mais ça ne me dit pas grand-chose.

- Si vous allez en auto jusqu'à Peulco, vous en avez pour un bout de temps, dit l'employé.

- Tu ne crois pas que c'était Peulco? dit l'homme.

- Je ne sais pas, dit la femme. Tu en étais sûr, il y a un instant, moi, je n'ai pas fait très attention. C'est peut-être bien Peulco.

- Juarez m'a dit Peulco, j'en suis sûr à présent. De chez nous à cette gare, il y a dans les soixante kilomètres.

- Il y a beaucoup plus, dit l'employé. Vous n'avez pas intérêt à aller à Peulco en voiture. Et une fois là-bas, vous continuez sur où ?

- Comment, je continue sur où ?

- Je vous dis ça parce que Peulco n'est qu'une correspondance. Trois maisons et l'hôtel de gare. Les gens ne vont à Peulco que pour changer de train. Mais si vous avez affaire là-bas c'est une autre histoire.

- Ca ne peut pas être si loin, dit la femme. Juarez t'a parlé de soixante kilomètres, donc ce n'est pas Peulco.

   L'homme tarde à répondre, une main appuyée sur son oreille, comme s'il écoutait à l'intérieur. L'employé n'a pas quitté la femme des yeux et il attend.Il n'est pas sûr qu'elle lui ait souri en parlant.

- Oui, c'est certainement Peulco, dit l'homme. Et puisque c'est si loin, ça doit être la deuzième gare. Il faut donc que je prenne un billet pour Peulco et que j'y attende l'autre train. Vous avez dit que c'est un croisement ferroviaire et qu'il y avait un hôtel, alors c'est Peulco.

- Mais ce n'est pas à soixante kilomètres, dit l'employé.

- Evidemment pas, dit la femme en se redressant et en haussant un peu la voix. Peulco doit être la deuxième gare mais ce que mon mari a oublié, c'est le nom de la première, celle qui se trouve à soixante kilomètres d'ici. C'est ce que t'a dit Juarez, je crois.

- Ah ! dit l'employé. Eh bien, dans ce cas, il faudrait que vous alliez d'abord à Chaves et que vous y preniez le train pour Peulco.

- Chaves, dit l'homme. C'est peut-être bien Chaves en effet.

- Alors de Chaves on va à Peulco, dit la femme sur un ton presque interrogatif.

- C'est la seule façon d'y aller à partir d'ici, dit l'employé.

- Tu vois, dit la femme. Si tu es sûr que la deuxième gare soit Peulco.

- Mais tu ne te rappelles pas, toi ? dit l'homme. A présent, j'en suis à peu près sûr mais quand tu as dit Las Lomas, ça m'a semblé possible aussi.

- Je n'ai pas dit las Lomas, j'ai dit Allende.

- Ce n'est pas Allende, dit l'homme. Tu n'avais pas dit Las Lomas ?

- Si, peut-être. il me semble qu'en voiture c'est toi qui avais parlé de las lomas.

- Il n'y a aucune gare de ce nom, dit l'employé.

- Alors, j'ai sans doute dit Allende mais je n'en suis plus sûre. Ce doit être Chaves et Peulco, comme vous dites. Prends un billet pour Peulco, alors.

- Bien sûr, dit l'employé en ouvrant un tiroir. Et puis, après Peulco ? Parce que je vous ai dit que Peulco est une correspondance.

   L'homme cherche dans son portefeuille d'un mouvement vif mais les derniers mots de l'employé l'arrêtent, main en l'air. L'employé s'appuie sur le bord du tiroir ouvert et attend de nouveau.

- Et de Peulco, vous me donnez un billet pour Moragua, dit l'homme d'une voix qui semble rester en arrière, indécise comme sa main en l'air qui tient l'argent.

- Il n'y a aucune gare du nom de Moragua, dit l'employé.

- C'était un nom comme ça, dit l'homme. Tu ne te rappelles pas ?

- Oui, en effet, c'était quelque chose comme Moragua, dit le femme.

- Il y a pas mal de gares qui commencent par M, dit l'employé. Je veux dire à partir de Peulco. Vous vous rappelez combien de temps il durait vitre voyage ?

- Toute la matinée, dit l'homme. Dans les six heures.

   L'employé regarde uen carte placée sous un verre au bout du comptoir.

- Ca pourrait être Malumba ou plutôt Mercedes, dit-il. A cette distance, je ne vois que ces deux-là, ou encore Amorimba. Amorimba a deux M, c'est pour ça.

- Non, dit l'homme. Ce n'est aucune de celles-là.

- Amorimba, c'est un petit village, mais Mercedes et Malumba, ce sont des villes. Avec M, je n'en vois pas d'autres dans le coin. C'est forcément  une de celles-là, si vous prenez le train à Peulco.

   L'homme regarde la femme en froissant lentement ses billets dans sa mian tendue et la femme arrondit les lèvres et hausse les épaules.

- Je ne sais pas, mon chéri. C'était peut-être Malumba, non ?

- Malumba ... répète l'homme. Alors, tu crois que c'est Malumba ?

- Je n'en sais rien. Mais ce monsieur dit qu'à partir de Peulco, il n'y a que ces deux-là de possibles, ou Mercedes. C'est peut-être aussi Mercedes, mais ...

- En venant de Peulco, c'est forcément Malumba ou Mercedes, dit l'employé.

- Tu vois, dit la femme.

- C'est Mercedes, dit l'homme. Malumba ne me dit rien tandis que Mercedes, si. Je vais à l'hôtel Mondial, peut-être pouvez-vous me dire s'il y a un hôtel de ce nom là-bas.

- Oui, en effet, dit le garçon assis sur le banc. Même qu'il est à deux cents mètres à peine de la gare.

   La femme le regarde, l'employé attend un moment avant d'avancer deux doigts vers le tiroir des billets. L'homme s'est penché sur comptoir pour mieux lui tendre l'argent et en même temps, il tourne la tête et regarde le juene homme.

- Merci, dit-il. Merci beaucoup.

- C'est une chaîne d'hôtels, dit l'employé. Excusez-moi, mais à Malumba aussi il y a un hôtel Mondial et peut-être même à Amorimba, mais c'est moins sûr.

- Alors ... dit l'homme.

- Essayez toujours Mercedes, dit l'employé, après tout, si ce n'est pas là, vous pourrez toujours reprendre le train jusqu'à Malumba.

- Moi, Mercedes, ça me dit davantage quelque chose, pas toi ?

- Moi aussi, surtout au début.

- Comment, au début ?

- Quand ce jeune homme t'a dit qu'il y avait un hôtel Mondial. Mais s'il y en a aussi à Malumba ...

- C'est Mercedes, dit l'homme. Je suis sûr que c'est Mercedes.

- Prends les billets alors, dit la femme comme si elle se désintéressait de la chose.

- De Chaves à Peulco et de Peulco à Mercedes, dit l'employé.

   Les cheveux cachent le profil de la femme qui, de nouveau, regarde le dessin rouge sur le comptoir et l'employé ne peut pas voir sa bouche. De sa main aux ongles vernis, elle frotte lentement son poignet.

- Oui, dit l'homme après une hésitation qui dure à peine. De Chaves à Peulco et de Peulco à Mercedes.

- Il va falloir vous dépêcher, dit l'employé en choisissant un petit carton bleu et un autre vert. Ca fait plus de soixante kilomètres d'ici  Chaves et le train passe à neuf heures cinq.

   L'homme pose l'argent sur le comptoir et l'employé lui rend la monnaie tout en regardant la femme qui frotte lentement son poignet. Il n'arrive pas à savoir si elle sourit et peu lui importe, mais tout de même, il voudrait bien savoir si elle sourit derrière tous ces cheveux dorés qui lui tombent devant la bouche.

- Hier soir, il a pas mal plu du côté de Chaves, dit le garçon. Ne perdez pas de temps, les chemins vont être boueux.

   L'homme reprend la monnaie et met les billets dans la poche de sa veste. La femme avec deux doigts rejette ses cheveux en arrière et regarde l'employé. Elle serre un peu les lèvres comme si elle avalait quelque chose. L'employé lui sourit.

- Allons-y, dit l'homme. J'ai tout juste le temps.

- Si vous partez tout de suite, vous arriverez largement, dit le garçon. Mais emportez peut-être des chaînes, le terrain doit être glissant, par là-bas.

   L'homme acquiesce et salue vaguement d'un geste de la main en direction de l'employé. La femme attend qu'il soit parti pour aller à son tour vers la porte qui s'est refermée toute seule.

- Ce serait tout de même embêtant qu'il se soit trompé, dit l'employé comme s'il parlait au garçon.

   Arrivée à la porte, la femme tourne la tête et le regarde, mais la lumière l'atteint à peine là où elle est et il est difficile de savoir si elle a claqué la porte en sortant ou bien le vent qui se lève presque toujours à la tombée du soir.

FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Le blog de francoisegrenierdroesch auteur fantastique
  • : Je mettrai mes essais littéraires, mes coups de coeur, des liens vers mon roman fantastique " LE PIANO MALÉFIQUE " car je me suis découvert une passion pour l'écriture alors que jusque là, je dessinais et gravais. Mais, je suis enseignante et donc, j'ai peu de temps à consacrer à ce blog, ne m'en voulez pas d'être parfois longtemps absente ! Du Cauchemar au rêve, il n'y a qu'un livre ! ( La Confrérie de l'imaginaire )
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  • D'abord, j'ai toujours dessiné,( mon père étant peintre d'aquarelles superbes sur le vieux Troyes et œuvrant pour les Bâtiments de France comme adjoint d'architecte, j'ai hérité de son don pour le dessin ).Des rêves/cauchemars traînent dans
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