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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 19:27

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Site des éditions  Rouages

 

Super idée que de décrire un instant ... mais difficile aussi car on ne peut pas le transcrire avec des pages et des pages ...J'ai essayé de mettre en mots ce que je ressentais petite fille ou pré-ado au passage de l'enfance à l'adolescence dans les transformations physiques qui s'opèrent... dur dur ...

On pouvait prendre différents instants. Voici ce qu'en disait :

L e s É d i t i o n s R o u a g e s partenaire de ce " Concours"

 

ont le projet de publier un livre papier et numérique, construit autour de la thématique de l’instant.

Mais halte aux textes écrits à la va-vite, nous cherchons de la littérature et de l’art !

 

L’instant est poétique, éphémère et a priori insaisissable. Avec le Projet Instart, les Éditions Rouages ont décidé de mettre le temps sur pause et de sélectionner les instants qui méritent d’être observés.

Choisissez-en un à qui vous donnerez un sens, une beauté, un intérêt particulier. Qu’il soit volé, sublimé ou rêvé, l’instant se décline à l’infini selon les regards qui le captent et les imaginations qui s’en emparent.

 

Nous avons choisi dix types d’instants pour vous guider. Sortez-les de leur quotidien et appropriez-vous l’un d’eux :

INSTANT

d’euphorie

d’incompréhension

de fureur

de gloire

de doute

d’ivresse

d’embarras

de désillusion

de sérénité

d’extase

 

Transformez-le en mots, en sons, en images ; en récits, en poèmes, en messages ; en dessins, en chansons, en pliages ; en vidéos, en BD, en collages.

Envoyez-nous vos instants avant le 25 novembre 2012 !

 

Les contributions retenues seront publiées dans notre ouvrage papier et / ou dans notre ouvrage numérique, qui seront présentés au Salon du Livre de Paris du 22 au 25 mars 2013.

 

Tout un programme ! Ils ont reçu pas moins de 200 nouvelles ... Un triomphe pour eux mais mon texte n'a pas eu les faveurs du comité de lecture et je ne saurai pas pourquoi... ( car ce jury en a trop pour faire part de leur avis détaillé à tous ! )

Je vous mets, ce texte :

INSTANT DE DESILLUSION

Je considére avec dégoût le reflet de cette autre dans le miroir minable de notre salle de bains.

Avant, je ne me posais pas de questions : fille ou garçon ? Je vivais dans une sorte de bulle, inconsciente de mon propre corps.

Elève à l'école élémentaire de filles, à une époque où l'on ne mélangeait pas les sexes, je ne m'identifie pas à mes camarades, les évitant le plus souvent : je suis exclue de leurs jeux. Je me contente d'être là, à côté de la plaque, perdue dans mes rêves à imaginer des mondes parallèles et à jouer seule. On m'appelle "Peau de crocodile". Quels sont mes désirs à ce moment ? Certainement pas de me voir attaqué par ce foutu miroir.

Oui, il me nargue : ta poitrine pointe !

Cachez ces seins que je ne saurais voir ! Je suis malade par tant de haine à mon égard. Personne ne m'aime et me comprend.

Je crie, m'insurge : il est hors de question que je devienne ça ! J'ai une vague idée de la question des sexes. Appartenir à l'un ou à l'autre aurait dû m'être égal. Pourtant, je déteste ma nouvelle apparence. C'est une grossière erreur, un point c'est tout.

“Arrête tout de suite de me montrer sous cette forme, ignoble, méprisable rectangle brillant !“

Il n'y a ni télé ni magazines féminins dans mon environnement. Je ne connais pas grand chose de la vie, à part qu'il faut obéir aux adultes, me taire, aller à la messe, se confesser, ne pas faire de bruit... rien qui puisse m'ouvrir les yeux sur le genre de personne que je souhaiterai devenir en grandissant. Ma mère, femme au foyer, nous emmène à la bibliothèque où je découvre des livres dont les garçons sont les héros. Mes lectures me poussent à admirer le sort réservé à ceux-ci et tout naturellement, je suis persuadée qu'il suffit de vouloir telle chose pour influer sur la réalité... enfin, telle que peut l'imaginer une gamine de 10 ans.

L'horreur à l'état brut : voilà ce que j'éprouve en observant le volume de mes mamelons qui ont encore grossis. Hystérique, je continue à me déchaîner sur l'objet-repoussoir : " Pourquoi moi, je ne veux pas ! "

Le miroir menteur renvoie une image fausse de moi-même. A force de cogner dessus, je le brise en mille morceaux, éparpillant des bribes de mon corps dans une atmosphère électrique. Plus jamais je ne me regarderai, je ne grandirai point. Je resterai cette enfant sans sexe.

Nuit et jour, je comprimerai ces formes naissantes. Est-ce que refuser mon état stoppera net ma croissance ? Oui, je le crois en cet instant.

J'enrage contre mon impuissance et j'en veux à la terre entière. Jamais, je ne porterai des soutiens-gorge et je haïrai encore plus mes copines de classe qui arborent un sourire béat en évoquant leur tour de poitrine et leurs règles. Quelles connes me dis-je. Comment peuvent elles accepter leur condition de filles ? Je veux masquer mes formes et elles, au contraire, mettent en valeur leurs nouvelles rondeurs. On ne s'entendra pas et je deviendrai encore plus sauvage. Maman risque de ne rien comprendre comme d'habitude. Papa essaiera de me rassurer en affirmant que je suis belle. Non ! Je suis affreuse, à l'opposé de ma volonté. Cette claque que me donne la réalité me fait descendre de haut. Moi qui crois au Bon Dieu, je le prie en cet instant, il va arranger cela. Je lui supplie d'arrêter cette mascarade : Je ne veux pas être une fille, surtout pas ressembler à ma mère qui passe son temps, enfermée à coudre nos affaires, faire les courses, à manger, élever quatre enfants ! C'est un vrai cauchemar et là-haut, il ne m'écoute pas ! Rien ne se passe. Je suis toujours affublée de seins : je deviens une jeune fille à mon insu, sans mon consentement.

Être un garçon, ça oui ! Je n'ai pourtant pas d'exemple puisque je suis l'aînée de la famille. Qu'est-ce que je sais du sexe masculin. Certes non ! Nous sommes séparés par un mur à l'école. Pourtant, inconsciemment, je trouve qu'il n'y a que des avantages. Je les idéale comme pour mon père qui peut déserter la maison les week-ends. Il part peindre dans la nature et ne revient que le soir. Parfois, nous l'accompagnons mais il ne faut jamais le déranger. Il n'y a que maman qui s'occupe des problèmes. Lui est préservé : on nous dit qu'il est malade.

Je reste immobile avec la rage au ventre parmi tous les morceaux coupants du miroir brisé. Je hais la fatalité.

 

C'est mon premier texte intime, on va dire car j'ai du mal avec les sentiments personnels ... je me dis que ça ne va intéresser personne ... et j'ai raison, ça n'a pas touché le jury ...

 

 

 

 

 

 

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Published by francoisegrenierdroesch - dans Appel à Textes
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commentaires

Fred Milongeroz 31/12/2012 04:25

Un mot sur la notion de "jury" :

L'initiation ancestrale a été remplacée par des couches administratives qui ont décidé que le passage d'un état à l'autre devait se dérouler à partir du "jugement".

On n'accompagne plus l'intié(e) par une expérience unique, mais on le conduitd'une case administrative à une aute en le jugeant :

Le jury est un non-sens qui sanctionne le "passage" d'un âge à l'autre, l'apprentissage à une maîtrise, au lieu d'accompagner l'être pendant une transformation de tout son être.

Le jury est une insulte faite à la nature de notre expérience terrestre.

Le jury invite à la lutte impitoyable entre les individus, tanids que l'initiation reconnaît les valeurs profondes de l'être qui trouve sa Place dans son microcosme social.

Le jury...


2/ L'instant...

Personnellement, je choisirais d'écrire sur l'instant présent... oh que j'en ai écrit des textes sur cet instant!

3/ Ton texte, Françoise, est un texte qui aurait dû faire l'objet d'une attention particulière de la part du jury.

Pourquoi?

Il parle de cet instant "douloureux" de la transformation du corps : aujourd'hui une fois de plus la Société propose un "jury" pour condamner cet "instant" capital chez la femme. Ce jury, ce sont
les médias, l'image, la vidéo, la télé : si tu n'es pas comme ci ou comme ça, alors les autres te jugeront sévèrement.

Un jury sur lequel s'appuient de nombreuses adolescentes qui malheureusement prennent l'image qu'on renvoie de cette transformation extérieure ET intérieure comme argent comptant.

Qu'on s'étonne après cela que la société cherche à tout prix à censurer les blogs ana-pro : ces filles-là cherchent à vivre cet instant de grande transformation avec le respect qu'on devrait lui
accordait : le passage d'une forme à une autre, la reconnaissance d'un être qui entre dans un nouvel état ... humain.

Ton texte, Françoise, est passé au crible d'un jury qui juge mentalement.

Le mental est fort pour fermer les voies qui nous révèlent à notre corps. Notre société cherche par tous les moyens à nous anesthésier.

On passe 20 ans de sa vie condammné à nous asseoir sur une chaise et à renforcer le mental : à oublier notre corps.

Ton texte offre ton ressenti, celui que les filles d'aujourd'hui aurait besoin de lire pour être rassurées.

Au lieu de quoi, les médias leur impose un jury : la sélection par les normes imposées de l'esthétique rentable.


4/ Tu aurais préféré à cet "instant" être un garçon.
Grâce à ton texte, je viens de prendre conscience qu'à l'époque, mon passage de l'état garçon à l'état d'hommme n'a pas été facile du tout : j'ai regretté à l'époque l'apparition de cette pilosité,
et comme toi, j'aurais souhaité être du sexe opposé au mien, une fille...

Le jury est passé à côté de la Transmission : cet art qu'on les aînés pour aidé les plus jeunes à franchir un seuil.

Je n'ai pas lu les instants sélectionnés...

Sont-ils le reflet de notre société qui a remplacé l'Initation par la sanction et le jugement "dernier" d'un jury?


Je te prie de bien vouloir m'excuser si dans ce présent commentaire j'ai abordé le sujet de "l'éducation n...", je reconnais que l'école a permi de sortir l'enfant et l'adolescent de l'exploitation
par le travail...


Je te félicite pour ce premier texte intimiste, et je suis heureux d'être un lecteur de cette "initiation" à te "découvrir". En espérant que tu comprennes ce que j'entends par là : le premier qui
tombe son masque invite mille personnes à tomber le leur.

Tanpis pour ceux qui se mettent en colère devant cela: leur masque doivent cacher de grandes souffrances, également de grandes frustrations...

Au plaisir de te lire, Françoise, te souhaitant de très belles fêtes!

francoisegrenierdroesch 01/01/2013 20:08



Merci pour ta lecture attentive ! C'est vrai que je me suis dévoilée et c'est rare ( la première fois ! ). Concernant le comité de lecture ( jury ) ce n'est pas si grave car il décide aussi en
fonction des autres textes pour qu'il y ait une unité entre tous ceux qui seront sélectionnés. Je ne pense pas qu'il a délibérément choisi de m'écarter moi personnellement ...Les autres instants
feront partie d'un recueil publié pendant le salon de Paris et peut-être seront-ils visibles sur le net ? Je mettrai des liens dès que je le saurai.


Très bonne continuation à toi et la meilleure année possible en 2013 ! Déjà ! Pour l'instant, tu nous envoies de quoi se réconcilier avec la vie et c'est énorme ! 


A bientôt !



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  • : Je mettrai mes essais littéraires, mes coups de coeur, des liens vers mon roman fantastique " LE PIANO MALÉFIQUE " car je me suis découvert une passion pour l'écriture alors que jusque là, je dessinais et gravais. Mais, je suis enseignante et donc, j'ai peu de temps à consacrer à ce blog, ne m'en voulez pas d'être parfois longtemps absente ! Du Cauchemar au rêve, il n'y a qu'un livre ! ( La Confrérie de l'imaginaire )
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  • D'abord, j'ai toujours dessiné,( mon père étant peintre d'aquarelles superbes sur le vieux Troyes et œuvrant pour les Bâtiments de France comme adjoint d'architecte, j'ai hérité de son don pour le dessin ).Des rêves/cauchemars traînent dans
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